Mondial 2026 : la fidélité plutôt que le renouveau, le choix assumé de Desabre

La publication de la liste officielle des 26 Léopards retenus pour la phase finale de la Coupe du monde 2026 n’a finalement surpris que par une chose : son absence totale de surprise.

En reconduisant presque intégralement l’ossature qui a porté la RDC jusqu’à cette qualification historique, Sébastien Desabre a fait un choix clair : celui de la continuité absolue. Une décision assumée, pensée comme la consolidation d’un projet déjà construit et comme une récompense accordée à ceux qui ont ramené le pays sur la scène mondiale après plusieurs décennies d’attente.

Sur le plan humain, cette logique se comprend.

Ce groupe a écrit une page importante du football congolais et mérite reconnaissance. Mais une Coupe du monde ne se joue ni à l’émotion ni à la gratitude. Elle se gagne sur la forme, l’intensité et la capacité à répondre immédiatement aux exigences du très haut niveau.

C’est précisément là que naissent les premières interrogations.

Une partie des observateurs estime que cette liste reste cohérente, logique et fidèle à la philosophie du sélectionneur. Pour eux, il aurait été risqué de bouleverser un collectif déjà structuré à quelques mois d’un rendez-vous aussi important.

Mais une autre lecture, plus critique, s’impose également.

Pour beaucoup de Congolais, cette sélection ressemble davantage à une liste de reconnaissance qu’à une photographie fidèle de l’état de forme actuel de plusieurs joueurs.

Le débat se cristallise notamment autour de plusieurs absences qui ont nourri de nombreuses attentes populaires : Afimico Pululu, attendu au regard de sa saison remarquable et de sa nationalité sportive déjà acquise, mais aussi Jackson Muleka, Ngakia, Diangana ou encore Oscar Kabwit, dont les performances récentes laissaient espérer une convocation.

Leur absence symbolise le refus assumé du sélectionneur d’ouvrir la porte à de nouveaux visages avant le Mondial.

Le retour du vétéran Gaël Kakuta illustre parfaitement cette philosophie. Son vécu, son leadership et son expérience du groupe constituent des atouts précieux. Mais à ce niveau, l’expérience seule ne compense jamais un déficit de rythme.

Or plusieurs cadres abordent ce rendez-vous avec un temps de jeu limité en club, que ce soit dans les cages, en défense ou en attaque.

Le secteur offensif concentre d’ailleurs l’essentiel des doutes.

Certains éléments attendus comme leaders techniques arrivent sans véritable continuité compétitive récente, ce qui nourrit de légitimes réserves à l’approche d’une compétition où chaque occasion comptera.

Le milieu de terrain reste sans doute le compartiment le plus rassurant, avec des profils habitués à l’intensité et à la régularité.

Mais cela suffira-t-il à compenser les fragilités observées ailleurs ?

Car le tirage n’a laissé aucune marge d’erreur à la RDC.

Face au Portugal, modèle de rigueur tactique, à une Colombie agressive et redoutablement efficace, ainsi qu’à un Ouzbékistan en progression constante, les Léopards devront afficher leur meilleur visage dès leur entrée en lice.

Dans un tel groupe, la fidélité ne suffira pas.

Seule la performance comptera.

Sébastien Desabre a choisi de faire confiance à ses hommes.

Un pari fort, courageux, presque sentimental.

S’il réussit, il apparaîtra comme l’architecte lucide d’un projet cohérent mené avec constance.

S’il échoue, cette liste restera comme celle d’une prudence excessive, incapable de s’adapter à l’exigence immédiate du plus haut niveau.

La Coupe du monde ne récompense jamais les héros d’hier.

Elle consacre uniquement ceux qui sont prêts aujourd’hui.

Et c’est précisément ce que cette liste laisse encore en suspens : une certitude… ou un doute qui pourrait coûter cher à la RDC.

Innocent Ndafondo

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