
À l’approche des élections à la Fédération congolaise de football association (FECOFA), le débat autour du profil idéal du futur président s’intensifie dans le milieu sportif congolais. Entre exigences de réforme, impératif d’intégrité et nécessité de relancer un football en perte de repères, les enjeux apparaissent cruciaux pour l’avenir du sport roi en République démocratique du Congo.
Dans ce contexte, la rédaction d’Échofoot RDC s’est entretenue avec plusieurs journalistes sportifs congolais, qui ont livré leurs analyses et vérités sur les différents aspects liés à la situation actuelle du football national et aux enjeux des prochaines élections à la FECOFA.
« _Nous avons perdu énormément de qualités_ ».

Pour Scott Lubila, journaliste à Sport 7 TV, la crise actuelle du football congolais dépasse les seules responsabilités individuelles. Elle est globale, structurelle et engage l’ensemble des acteurs.
« Nous avons perdu énormément de qualités, non seulement sur le terrain, mais encore et surtout en dehors des terrains. Ça fait plusieurs années que l’administration du football congolais est en faillite totale, et cette situation s’est généralisée sur tout le corps footballistique du pays, et la faute nous incombe tous. »
Face à ce constat, il appelle à une refondation en profondeur du système, que devra porter le prochain comité exécutif de la FECOFA.
Sur le plan structurel, il insiste sur la professionnalisation du secteur et sur la nécessité d’une meilleure coordination avec les autorités publiques :
« Il est temps de mettre en place un programme qui facilite le secteur, crédibilise les clubs et renforce la coopération avec l’État congolais afin d’assainir le milieu. »
Il rappelle également que la relance du football passe inévitablement par des moyens financiers solides :
« Le candidat doit être intègre, mais l’intégrité seule ne suffit pas. Il faut un projet capable de convaincre les investisseurs, car aujourd’hui les bailleurs de fonds ne trouvent pas leurs intérêts dans le système actuel. » , a-t-il fait savoir. « _Un problème structurel avant d’être un problème d’hommes_ »
De son côté, le journaliste de Libéral FM , Junior Espérant Mukendi, propose une lecture plus nuancée du débat, en mettant en garde contre certaines idées reçues, notamment celle qui associe richesse personnelle et efficacité dans la gestion.

« L’idée qu’il faut absolument un riche à la tête de la fédération est séduisante, mais elle reste incomplète. La richesse ne garantit ni la bonne gestion ni l’intégrité. »
Pour lui, le véritable enjeu réside dans la capacité du futur dirigeant à structurer durablement le football congolais. Il plaide pour un profil de manager moderne, capable de transformer l’écosystème du football local.
Il identifie plusieurs priorités essentielles :
attirer des sponsors crédiblesstructurer les compétitions nationalesprofessionnaliser l’administrationcréer un environnement économique viableIl souligne également l’importance de l’expérience institutionnelle :
« Une expérience au sein de la CAF ou de la FIFA est un atout, car elle permet de mieux comprendre les mécanismes de financement et les exigences de gouvernance. »
Toutefois, il met en garde contre une dépendance excessive aux appuis extérieurs :
« Le véritable défi reste la capacité locale à exploiter efficacement les ressources disponibles. »
Dans son analyse, il insiste sur la nature profonde du problème :
« Le problème du football congolais est structurel, pas seulement lié à une personne. »
Il évoque enfin plusieurs faiblesses persistantes du système :
manque d’infrastructuresfaible médiatisation du championnatdépendance aux subventions publiquesabsence d’incitations pour les investisseursrôle encore limité des médias sportifs.
« L’expérience et le réseau comme leviers de transformation»
Pour le journaliste Cédric Muipatayi, le débat sur le profil idéal est plus tranché. Il soutient clairement la candidature de Véron Mosengo-Omba, qu’il considère comme la mieux adaptée aux défis actuels.

« On ne peut pas comparer les profils. Quelqu’un qui a travaillé à la FIFA et à la CAF dispose d’un réseau et d’une expérience indispensables pour transformer le football congolais. »
Selon lui, cette expérience internationale constitue un avantage déterminant pour impulser des réformes efficaces.
Le projet qu’il défend s’articule autour de plusieurs axes :
développement du football à la baserenforcement de l’intégritéresponsabilisation des dirigeantstransparence dans la gestionIl insiste particulièrement sur la question de l’intégrité, qu’il considère comme centrale :
« Le football congolais a longtemps souffert de manque d’intégrité : matchs truqués, corruption et mauvaise gestion des ressources. »
Pour lui, la crise actuelle est avant tout une crise de gouvernance :
« Des fonds ont été mobilisés pour le développement du football, mais les résultats n’ont pas suivi. »
Il estime que la priorité du futur président sera d’abord administrative :
« Il faudra d’abord faire asseoir une administration forte et crédible avant toute autre chose. »
Enfin, il relativise les soupçons d’ingérence dans le processus électoral :
« Je ne pense pas qu’il y ait d’ingérence. Le processus suit son cours, et le meilleur candidat l’emportera. »
À noter qu’actuallement, le football congolais est confronté à une crise systémique qui nécessite bien plus qu’un simple changement de dirigeants.
À l’heure du choix, les acteurs du football congolais se retrouvent face à une responsabilité majeure. Plus qu’une simple élection, il s’agit d’un tournant décisif pour l’avenir du football national.
Innocent Ndafondo